Une histoire partagée

Canal du midi

Une histoire partagée

Séparées depuis les années 1960 par une frontière administrative, les territoires qui forment les régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées ont eu à plusieurs reprises, au cours de l’histoire, des destins liés.

L'Assemblée générale des Etats du LanguedocVoir l'image en grand Estampe représentant l'Assemblée générale des Etats du Languedoc (Bibliothèque municipale de Toulouse) C’est la conquête romaine qui, au IIe siècle avant J.-C, donne au futur Languedoc sa première forme organisée. Premier foyer de la romanité gauloise, Narbonne devient le centre d’une province, la Narbonnaise, qui s’étend du Roussillon à la Provence. Durant le Bas-Empire, Toulouse supplante Narbonne et devient, au début du Ve siècle, la capitale du royaume Wisigoth, qui couvre le sud-ouest de la Gaule. Un siècle plus tard, les Wisigoths, défaits par les Francs, se replient en Espagne et ne conservent en Gaule que la Septimanie, un territoire qui correspond au Languedoc-Roussillon actuel sans la Lozère. “ Pour la première fois depuis longtemps, le Languedoc toulousain fut séparé du Languedoc méditerranéen. ”¹

Sous les Carolingiens, le comté de Toulouse couvre un territoire qui s’étend jusqu’au Rhône. Ce Languedoc, encore morcelé, connaît un essor important au XIe siècle. Des villes surgissent, comme Montpellier. Une langue littéraire se forme, l’occitan, dans laquelle s’épanouit la poésie des troubadours.

Les États du Languedoc

Paradoxalement, c’est le rattachement à la couronne de France, en 1271, qui permettra au Languedoc d’affirmer son unité. “ Au lieu d’une série de principautés indépendantes, on peut désormais parler d’un Languedoc royal unifié ”, écrit Emmanuel Le Roy Ladurie(2). La province est placée sous l’autorité d’un gouverneur, mais les notables locaux sont représentés par une assemblée délibérative, les États du Languedoc. En 1444, le Languedoc est doté d’une cour de justice, le Parlement de Toulouse. “ États et Parlement demeureront pendant plus de trois siècles les deux institutions fondamentales de la province ”, souligne Emmanuel Le Roy Ladurie².

La Révolution marque la fin du Languedoc comme entité administrative. Son territoire est alors découpé en huit départements : Haute-Loire, Ardèche, Lozère, Gard, Hérault, Aude, Tarn et Haute-Garonne. Le haut Languedoc et le bas Languedoc retrouveront une unité dans les années 1960, mais séparément, sous la forme des régions administratives.

¹ Histoire du Languedoc, sous la direction de Philippe Wolff (Privat, 1967)
² Histoire du Languedoc (PUF, 1962)

+ d’infos

Atlas en ligne du Languedoc : http://pierresvives.herault.fr

Des langues bien vivantes

TOTAL FESTUM 2009Voir l'image en grand Plus de 70 000 spectateurs ont assisté, l'an dernier, à Total Festum

Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées partagent non seulement une histoire mais aussi une langue, l’occitan, auquel s’ajoute le catalan dans les Pyrénées-Orientales. La promotion de ces langues est activement soutenue par les deux Régions, en lien avec l’Éducation nationale. En Languedoc-Roussillon, près de 30 000 jeunes apprennent l’occitan ou le catalan. En Midi-Pyrénées, 26 000 élèves s’initient à l’occitan et 4 000 suivent un enseignement bilingue.
Autre expression de la vitalité des cultures occitane et catalane, l’événement Total Festum, organisé par la Région Languedoc-Roussillon. Sa 10
e édition aura lieu en juin 2015 (70 000 spectateurs en 2014). La Région soutient aussi le Cirdoc, basé à Béziers. Cette “ BNF occitane ” interrégionale gère 15 000 œuvres et documents allant du XIIIe au XXIe siècle.

+ d'infos

www.locirdoc.fr

3 questions à...

Elie Pélaquier et Arlette Jouanna, co-auteurs des Des Etats dans l'Etat, les Etats du Languedoc, de la Fronde à la Révolution ¹.

Elie Pélaquier

La future grande région a-t-elle déjà existé dans l’histoire ?

Elie Pélaquier : Oui, sous des formes différentes. Au plan territorial, elle ressemblera beaucoup au ressort du Parlement de Toulouse. Au plan administratif, elle s’apparentera à la province du Languedoc, qui couvrait un territoire plus restreint. Toulouse y occupait une position frontalière.

Quelle était la répartition des pouvoirs entre Toulouse et Montpellier ?

E. P. : Toulouse était la capitale historique et la capitale du ressort judiciaire. Les autres institutions étaient à Montpellier : l’intendant (représentant civil du roi), le gouverneur général, (représentant militaire), la Cour des comptes. Montpellier fut aussi, à partir de 1736, le siège des États du Languedoc, assemblée délibérative qui a perduré du XIVe siècle à la Révolution. La province avait su conquérir une réelle autonomie économique face au pouvoir royal. Elle avait sans doute plus de poids que n’en ont les régions actuelles.

 

Arlette JouannaY a-t-il des leçons à tirer de cette histoire commune ?

Arlette Jouanna : Oui. La province du Languedoc avait réussi à préserver un équilibre entre l’administration provinciale et les diocèses, entre les différentes parties du territoire, entre la province et le pouvoir central. La fusion qui s’annonce présente un risque d’une marginalisation pour Montpellier. Le souhait que l’on pourrait formuler est que le conseil régional continue à s’assembler à Montpellier tout en laissant le rôle de capitale économique à Toulouse. Cette répartition s’appuierait sur une tradition séculaire.